l’ avenir de l instruction

De l’éducation postmoderne : Critiques,Crises de Valeurs

“L’éducation,c’est sortir de l’enfermement. Et c’est la tache, malheureusement, ingrate parce que, l’éducation, celà prend du temps et, ce temps-là , il faut le prendre parce que l’enjeu est extremement important” Souleymane Bachir Diagne, Professeur de philosophie Columbia University NYC

L’Avénir de l’Instruction

Le Modèle éducatif français

La patrie de De Gaule a toujours brillé par la compétitivité de son système éducatif et universitaire jusqu’à une époque récente. De sa forme laïque et républicaine d’où elle semblait tirer sa lettre de noblesse, l’éducation ne manquait point d’éloges en dépit de ses détracteurs combien nombreux de nos jours. Comme tout système porté à l’éloge, le système souffre néanmoins de graves manquements au point qu’il se décrédibilise de jour en jour aux yeux de l’opinion nationale voire internationale. Des grèves intempestives des étudiants, en passant par celles du corps enseignant, à la médiocrité sans appel de la performance actuelle des étudiants en fin d’études, tout un système est en passe de s’écrouler sous nos yeux. Mais,de quoi souffre véritablement l’enseignement en France ? Quels sont les défauts du système actuel ? Non seulement il nous reviendra de souligner le fléau qui frappe la compétitivité du système, mais encore il nous faudra aborder l’épineuse question de la valeur de l’enseignement sur un plan socio-économico-culturel.

 La critique du système

L’enseignement éducatif français souffre d’une panoplie de défaillances qui du reste ne datent pas d’aujourd’hui. Nombreux sont ceux qui ont attiré l’attention sur le modèle inadéquat de la transmission du savoir et de la connaissance des enseignants et maitres aux étudiants et élèves. L’une des plus vieilles critiques remontent à une époque pas si loin que cela. Elle a été formulée par le pédagogue et écrivain français en dépit du contexte un peu différent du notre. Voici ce que reprochait Joseph Jocotot au corps enseignant « Vous avez conservé le ton de la supériorité qui humilie,de la menace qui irrite,du mépris qui avilit ;Vous ordonnez,et vous exigez qu’on vous obeisse en silence et en aveuglement.Vous avez fait de vos élèves des automates ». Ces propos datent d’hier surement mais il n’en demeure pas moins qu’ils sont d’actualité en ce sens que le système actuel de l’enseignement donne lieu à croire que les étudiants et élèves sur le banc de l’école n’ont de cesse de développer un automatisme instinctif des lors qu’il s’agit de produire un travail constructif,fruit d’une réflexion nourrie et critique. La majorité des étudiants agissent tels des automates perdant souvent de vue toute rigueur scientifique et rationnelle quant à la production et au développement d’une oeuvre artistique ou intellectuelle. Pour un sujet à développer par exemple, un étudiant sur quatre a recours à du copie coller ou fait du recoupement d’idées provenant d’autres auteurs les faisant passer pour les leur. Ce que d’aucuns qualifient de plagiat. En effet, il s’agit bien de plagiat. Et toute université digne de ce nom ou tout établissement soucieux de sa notoriété sait que de tel acte est passible d’une exclusion définitive de l’auteur du délit de l’établissement qu’il fréquente. En théorie, voilà ce qui se trouve dans les règlements du code de conduite des institutions,mais en pratique, la réalité est tout autre. Il est un fait que pas mal d’universités pratiquent la politique de l’autruche en matière de discipline académique. Une trop grande rigidité en la matière ferait planer le spectre d’une diminution significative de nouveau effectif, et une trop grande flexibilité, voire le laisser-aller, porterait un coup dur à la réputation de l’établissement. Aussi, la majorité des établissements se cantonnent à un simple rappel à l’ordre voire à une suspension temporaire au pire des cas. Mais en aucune façon, il n’est question d’exclure d’éventuels étudiants ou élèves .Et ce phénomène touche plus particulièrement les établissements privés dont le taux de fréquentation ne cesse d’augmenter ces dernières années au détriment de ceux publics. Bien d’enseignants cèdent facilement aux caprices des étudiants ou élèves quant à leur habitude de faire du copie coller qui du reste n’est que de l’automatisme puisque il n’engage souvent aucune réflexion féconde ou critique de la part des étudiants ou des élèves .Il s’agit tel un robot de rechercher sur le net à l’aide de moteurs de recherche des idées ou concepts inhérents au sujet ou à la thématique abordés. Si les étudiants se réduisent à faire rien que cela , il est à penser plausiblement que la faillite du système est annoncée dors et déjà. Une autre critique,celle-là, plutôt contemporaine est mise en avant par les sociologues .Cette critique s’en prend largement au modèle de société développé en occident notamment la société de consommation qui tend à banaliser le phénomène d’automatisme jusque dans les lieux de savoir et d’apprentissage. D’ailleurs, voici ce qu’en dit le philosophe et sociologue, Dany Robert Dufour dans son ouvrage le Divin Marché à la page 241 « A l’université, on voit tout un courant post-moderniste se mettre en place.(…)Il ne faut surtout pas demander aux jeunes de penser(…).Il faut surtout montrer qu’il n’y a rien à penser. Il s’agit de fabriquer des crétins procéduriers adoptés à la consommation ». L’expression « crétins procéduriers » à elle seule résume toute l’idée que se fait le philosophe du système académique actuel. Pour lui, l’université ne fabriquerait plus que des futurs cadres destinés uniquement au consumérisme ambiant et sans bornes, au marché de la consommation et à l’idéologie dominante de la consommation à outrance. Ils sont des êtres conçus pour être consommés par le marché mercantiliste néo-libéral sans que eux-mêmes n’aient les moyens nécessaires d’y faire face. La citation renvoie à l’idée de robotisation. Il n’y aurait en ces étudiants pourtant futurs cadres ou « intellectuels » de demain qu’un esprit de procéduriers livrés à la merci des injonctions du marché égoïste et égocentrique. La société semble en perte de vitesse. Elle ne fabrique que des agents soumis à un système aveugle qui ne tient compte que de l’instant empêchant de ce fait les individus de prendre du recul et de pouvoir se représenter une idée claire de ce qui se passe autour d’eux. L’esprit critique, philosophique, l’esprit des Lumières, cesse doucement de briller. De sa lumière restante , il ne reste plus que l’ombre d’une étincelle. Après cette courte analyse de la situation qui semble prévaloir sur les lieux de savoir, il nous revient de nous poser la question si ces lieux de savoir portent en eux-mêmes toute idée d’émancipation intellectuelle et de réussite individuelle et collective. La valeur de l’enseignement et du travail académique Nombreux encore une fois sont ceux qui ne semblent plus avoir foi en la valeur de l’enseignement comme étant facteur de réussite sociale. La durée ainsi que le cout et le désir irrépressible de jouir à l’instant des bienfaits d’une formation rémunérée et court-termiste contribuent à l’affaissement intellectuel généralisé chez les sujets jeunes. Demandez à n’importe quel étudiant soucieux de tirer profit de son savoir, s’il compte poursuivre ses études à long terme, il vous répondra pour couper court qu’il ne cherche qu’un diplôme acquis sur une période relativement courte pour pouvoir s’insérer rapidement dans le marché et accumuler des biens lui permettant d’assurer son devenir. L’engouement pour de longues études n’est plus de nos jours. Répondre au temps présent, à l’instant présent, voilà l’idée dominante. La longue étude n’est plus gage d’une plus grande réussite dans la vie. Un simple diplôme de quatre ans suffirait en lui-même de pouvoir bâtir et entreprendre quelque chose de constructif en termes d’investissements futurs à titre personnel et familial. Aussi, la relative augmentation de la scolarité contribue à la désaffection ambiante des couches les plus défavorisées. Et « Dieu » sait combien sont nombreux les jeunes des quartiers difficiles ou de familles à revenu limité livrés à eux-mêmes et victimes d’un système paupérisant une partie de la classe sociale française l’enlevant du coup l’opportunité d’évoluer à égalité de chances avec les plus mieux placés socio-économiquement .Les nantis s’offrent le luxe d’envoyer leurs enfants dans les lieux privés de savoir les plus enviés et les démunis se contentent des lieux publics dont la régularité et le savoir faire des cours dispensés laissent à désirer. A coté de ses enfants de riche qui se contentent souvent de corrompre des instituteurs ou le corps enseignant pour obtenir des notes meilleures et ce faisant obtenir une mention bien meilleure sur leur diplôme qui du reste est en passe d’être bradé et même vendu, les étudiants pauvres eux sont obligés de serrer la ceinture pour espérer passer leur classe. Et malheur à l’étudiant qu’un professeur reprouverait pour une raison ou une autre car les moyens ne manqueraient guère pour faire payer cher à l’étudiant l’affront éventuel subi par un professeur. Bref, il y a bien une éducation à deux vitesses, celle des plus riches et celle des plus pauvres. L’université semble avoir perdu les voies de sa vocation auprès du public. La récurrence des grèves et de l’absentéisme des étudiants ne font qu’en rajouter à sa faillite déjà annoncée. Certains parlent même de la mort des Intellectuels vu qu’il revenait de tout temps aux institutions académiques de former les futurs cadres. L’université ne produit plus des penseurs tels Senghor, Cheick Anta Diop, Fanon et autres intellectuels jadis en France. L’université s’apparenterait plus à un lieu de dés apprentissage comme semble pointer du doigt le penseur Dany Robert Dufour pour qui « l’Université est peut-être un lieu ou il existe de l’anti-éducation ».

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